
Cécilia Berder est une escrimeuse française de haut-niveau de 32 ans, originaire de Morlaix (Bretagne). Quintuple Championne de France en individuel, Vice-championne olympique par équipes, la sabreuse, qui a déjà le regard porté sur Paris 2024, a pris le temps de se confier au micro de Jurisportiva sur sa vie depuis les Jeux de Tokyo, son quotidien de sportive en congé maternité, la féminisation du sport ou encore sa sensibilité à la cause environnementale. Entretien.
Bonjour, je m’appelle Cécilia Berder, j’ai 32 ans et je viens de Morlaix. Je suis sportive professionnelle internationale, escrimeuse et plus précisément dans la discipline du sabre. Je suis championne du monde et vice-championne olympique par équipe et vice-championne du monde individuelle. Je suis parallèlement à cela, chroniqueuse sur Radio France et France Info.
Je dirais que c’est avant tout un sport de stratégies où il faut avoir de très bonnes idées et prises d’initiatives tout en sachant qu’il y a un esprit très “animal” aussi car il n’y a que quelques centièmes, millièmes de secondes pour réagir. Cela demande donc une grande réactivité.
J’ai commencé l’escrime à l’âge de 7 ans. J’ai eu beaucoup de chance car je voulais faire de l'escalade en club mais il n’y avait plus de places. Ma mère en 1996 avait vu l’escrime aux Jeux Olympiques et trouvait que j’avais le profil pour. À 7 ans, je ne savais pas trop ce que c’était, disons que j’ai suivi l’instinct maternel et on dirait qu’elle ne s’était pas trompée.
Le plus beau moment que j’ai vécu en individuel, c’est ma finale en Championnat du Monde en 2015. Je n’étais pas attendue et j’ai tout de même eu un tableau compliqué. J’ai finalement terminé avec une médaille d’argent savoureuse.
En collectif, j’hésite car la médaille aux Jeux Olympiques était d’une rareté incroyable. On l’avait tellement attendue. Le titre de Championne du monde 2018 était quand même aussi particulier. Difficile de choisir car chaque moment est unique.
Rio 2016 par équipe, où l’on perd en quart de finale contre l’Italie. Nous avions une super équipe mais nous nous sommes faites piégées par des italiennes plus malignes ce jour-là.
C’était un traumatisme assez important. L’année suivante, je fais l’une de mes meilleures saisons en finissant numéro 2 mondial, voilà plus ou moins comment j’ai rebondi et me suis ressaisie. Avec du recul, cette violence de l’échec et la résilience m’ont permis de progresser et de me poser les bonnes questions. Ce sont des moments importants.
Je dirais l’entraide, car l’escrime est un sport individuel à la base mais nous avons besoin des autres pour performer. Ensuite, il y a la valeur de la curiosité, encore aujourd’hui j’apprends des gestes dans l’escrime et avoir ce sens en éveil est tout aussi important.
Au niveau des compétitions, des efforts sont faits mais c’est surtout au niveau de la restauration, des déplacements que nous pouvons faire mieux. Les bouteilles en plastique sont devenues inadmissibles dans une enceinte de sport par exemple. À plus grande échelle, nous voyageons à travers les 4 coins de la planète l’année. Est-ce qu’on ne devrait pas repenser le calendrier et le système des tournois pour qu’il y ait moins d’utilisation de l’avion? Il y a beaucoup d’efforts à faire pour un sport plus propre, je suis très sensible à tout cela.
C’était une sensation particulière car en raison du Covid19, nous ne savions pas si les Jeux Olympiques allaient être maintenus. Beaucoup de plaisir sur place mais aussi du stress car je n’ai pas fait une très bonne compétition individuelle et on me demandait d’être performante quelques jours après pour les matchs en équipes. C’était assez dur mentalement de trouver les ressources, beaucoup d’appréhension. Le jour où la compétition a commencé face aux américaines, je me suis davantage sentie à ma place. C’était la libération. J’ai des souvenirs de fluidité, de combat, d’agressivité, de stratégie et de malice, de cohésion avec mes coéquipières. J’avais vraiment envie de jouer. Les planètes se sont alignées pour moi ce jour-là et ce moment restera gravé à jamais.
Évidemment. Quand l’on est athlète de haut-niveau, on regarde toujours la marche d'au-dessus. Le chemin sera sinueux et plein de challenges. Il faudra d’abord se qualifier, puis qualifier l’équipe et après une fois qu’on y est, comme tout sportif, l’objectif c’est la gagne. Ce serait en tout cas l’accomplissement de ma carrière de sportive.
Dans un sport comme l’escrime, je n’en souffre pas du tout car nous sommes considérées et ”traitées” de la même manière que les garçons. Globalement, je trouve que cela va mieux dans certains sports, que ça évolue. Il commence à y avoir des compétitions mixtes et des sports féminins. Cela marche très bien aux Jeux Olympiques donc il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas le reste de l’année. Le vrai enjeu se trouve au niveau des médias. Cela avance lentement mais c’est en bonne voie.
Je travaille chez Radio France depuis 2015, je fais des chroniques chaque week-end sur les mondes olympiques et paralympiques, sur l’importance du sport. Je mets ma pierre à l’édifice, je fais ma part mais cela ne reste que 3 minutes par semaine et je ne pense pas que cela change grand chose même si j’apprécie beaucoup les retours des gens à ce sujet. Les personnes sont demandeuses mais il faut rendre cela accessible au niveau médiatique, c'est ça le plus important.
Plutôt bien. Je ne suis pas spécialement en manque, étonnamment. J’ai arrêté les compétitions en novembre, à la fin ce n’était plus trop ma place car cela reste un sport de combat. J’ai préféré me concentrer sur la vie qui est en train de naître dans mon ventre. Je ne me sentirai pas capable de retourner aujourd’hui en compétition avec mon “gros bide” (rires). Il y a un temps pour tout, je le vis plutôt bien. Je continue à m’entraîner pour autant.
Il me semble que cela évolue vraiment. Le Ministère des Sports a publié son guide notamment. J’ai pour habitude de prendre exemple sur les aînés et j’ai vu certaines réussir à concilier les deux donc je suis l’exemple et j’espère servir d’exemple pour les plus jeunes qui seront dans ma situation. Il y a un certain flou et beaucoup d’interrogations à ce propos mais il faut je pense bien s’entourer, ne pas hésiter à se renseigner auprès de spécialistes.
En 2024, j’aurais 34 ans, je ne sais pas dans quel état physique et émotionnel je serai. Je pense que ce sera l’un des derniers chapitres de ma carrière sportive. J’avoue avoir encore un petit peu de mal à me projeter. J'avance étape par étape.
Crédit photo : Actu.fr

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