
L’ancien milieu de terrain de l’équipe de France Samir Nasri, passé par Arsenal FC et Manchester City FC, fait l’objet d’un redressement fiscal susceptible d’atteindre 5,51 millions d’euros [1]. En cause : sa prétendue résidence fiscale à Dubaï, que l’administration fiscale française conteste méthodiquement. Un dossier devenu cas d’école.
L’administration fiscale française estime que le centre de gravité réel de la vie de Nasri — son patrimoine, son activité, ses attaches — se situe en France sur les années 2020 à 2022, et non à Dubaï comme il le revendique. La facture réclamée : 5,25 millions d’euros au titre de l’impôt sur le revenu, auxquels s’ajoutent 82 000 euros d’impôt sur la fortune immobilière pour la période 2019-2025.
Pour étayer sa position, l’administration a bâti un faisceau d’indices : trois biens immobiliers en France, des participations dans des sociétés françaises, un contrat avec Canal+ impliquant une quarantaine d’émissions sur la saison 2021-2022 [2], et 212 repas commandés via Deliveroo en 2022, livrés à une adresse parisienne — cocasse en apparence, parfaitement logique en droit. Les relevés de compagnies aériennes complètent le tableau : entre 2021 et 2023, Nasri aurait séjourné en France entre 126 et 208 jours par an, contre 42 à 124 jours aux Émirats.
En droit fiscal français, il suffit qu’un seul des trois critères de l’article 4 B du CGI soit rempli pour que la résidence fiscale soit caractérisée : le foyer familial (ou, à défaut, le lieu de séjour principal), le lieu d’exercice de l’activité professionnelle principale, ou le centre des intérêts économiques. La convention fiscale franco-émiratie ne peut jouer un rôle de départage qu’à une condition : que Nasri soit également résident fiscal émirati en droit interne émirati. Sans double résidence, la convention est sans objet pour cette question — et le droit interne français s’applique seul.
La procédure est à un stade précontentieux. La proposition de rectification a été notifiée à Nasri début mars 2025 [3]. S’ouvre alors un dialogue contradictoire : observations du contribuable, réponse de l’administration, puis mise en recouvrement si le désaccord persiste — et seulement alors, saisine possible du tribunal administratif.
Ce qui frappe : avant même cette notification, le Trésor public avait déjà obtenu une hypothèque judiciaire sur un bien parisien et la saisie de comptes bancaires à la banque Edmond de Rothschild [4]. Ces mesures conservatoires — qui permettent de « geler » des actifs pour garantir le recouvrement futur d’une créance pas encore officiellement établie — sont exceptionnelles sans titre exécutoire. Elles signalent la confiance de l’administration dans la solidité de son dossier.
La défense a immédiatement interjeté appel et soutient que les revenus français de Nasri étaient déjà régulièrement imposés. Elle invoque aussi son passé fiscal britannique[5] : la période visée (2020-2022) est distincte de ses années anglaises, et l’administration devra démontrer la résidence française année par année. Le fond reste entièrement ouvert.
Le dossier Nasri illustre une erreur fréquente : l’installation à Dubaï pensée comme une décision de vie, sans anticipation de ses conséquences fiscales. La résidence fiscale ne s’achète pas — elle se prouve. Visa émirati, appartement à Dubaï, compte bancaire aux Émirats : aucun de ces éléments ne suffit isolément. Ce que l’administration regarde, c’est le faisceau de vie réel : où vit la famille, où se situe le patrimoine, où s’exerce l’activité, et combien de jours la personne passe effectivement en France.
La rupture fiscale suppose une rupture réelle et documentée : réduire la présence physique, transférer le foyer familial, restructurer le patrimoine immobilier français, s’assurer que l’activité professionnelle n’est pas principalement exercée depuis la France. Un joueur peut quitter son club et conserver des liens économiques substantiels en France : droits à l’image, participations, contrats médiatiques. Ces liens peuvent à eux seuls suffire à maintenir la résidence fiscale française — et c’est précisément ce que ce dossier illustre.
Enfin, l’expatriation fiscale n’est pas un acte ponctuel — c’est un statut qui s’entretient. Un contrat signé en France, un séjour qui s’allonge, un bien conservé : chaque évolution peut remettre en cause une résidence fiscale pourtant bien établie. Un suivi annuel rigoureux est aussi important que la structuration initiale.
[1] Les Echos, 31mars 2025, repris par Le Tribunal du Net, Orange Actu, Yahoo Actualites. Montants confirmes par Me Sanchez et Me Riahi, avocats de Nasri.
[2] Le Parisien,avr. 2025, repris par Planet.fr.
[3] YahooActualites / Me Julien Riahi, avr. 2025.
[4] Les Echos / LeTribunal du Net, avr. 2025. Lyes Kaci, avocat fiscaliste, sur le caractere exceptionnel des mesures conservatoires avant proposition de rectification.
[5] Le Tribunal duNet / Morandini, avr. 2025, d'après l'enquete Les Echos.

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