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WNBA 2026 et revenue sharing : quel comparatif avec la négociation collective dans le sport français ?

Auteur
Gautier Kertudo
20/4/26
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6 min

Introduction

Par Gautier Kertudo (avocat) et Edgar Puigvert-Fabren (juriste), cabinet Barthelemy-Avocats


La WNBA et le syndicat des joueuses (WNBPA) ont conclu en mars 2026 un nouvel accord collectif (CBA) après plus d’un an de négociations. Cet accord couvrant la période 2026-2032, avec une option de sortie anticipée, a été ratifié successivement par les joueuses puis par le Board of Governors qui regroupe les propriétaires de franchises.

Le cœur de ce nouveau CBA réside dans un modèle inédit de revenue sharing au profit des joueuses, qui capteront environ 20 % des revenus bruts de la ligue. Le salary cap par équipe passe d’environ 1,5 million de dollars en 2025 à 7 millions en 2026, avec des projections au-delà de 11 millions à l’horizon 2032 et une forte progression des salaires minimums, moyens et maximums.

En quoi consiste la négociation collective dans le sport français ?

En France

En droit français, une convention collective est un accord écrit négocié entre syndicats d’employeurs et syndicats de salariés représentatifs. Elle définit les conditions de travail, les salaires ainsi que les droits et obligations des parties.

Dans le sport professionnel, les relations collectives s’appuient sur la Convention collective nationale du sport (CCNS) et sur des accords sectoriels comme la charte du football professionnel, la convention du basket ou celle du rugby. Ces textes sont généralement signés en présence des ligues professionnelles et s’appliquent aux clubs, ligues et sportifs concernés.

La négociation réunit syndicats de joueurs, d’entraîneurs et encadrement sportif ainsi que les organisations d’employeurs (ligues, unions de clubs), au niveau de la branche ou du secteur. Elle adapte les règles de droit commun aux spécificités sportives, sans déroger à l’ordre public social.

Enfin, le droit français consacre la primauté de l’accord collectif sur le contrat de travail, sauf clause plus favorable au salarié. Le collectif encadre donc l’individuel, tout en laissant subsister une marge d’amélioration contractuelle.

Aux États-Unis

Aux États-Unis, la logique est différente. Le collective bargaining agreement (CBA) est négocié entre la ligue (ou les clubs) et le syndicat des joueurs dans le cadre du National Labor Relations Act (NLRA).

Dans les ligues majeures comme la NBA, la NFL ou la WNBA, le CBA fixe de manière très détaillée les salaires, le salary cap, la discipline, les transferts et les conditions de travail.

Le CBA joue un rôle central : il ne se limite pas à encadrer la relation de travail, il structure également l’économie de la ligue. Il organise l’équilibre entre clubs et joueurs sur des sujets qui, en France, relèvent d’un ensemble plus fragmenté (loi, conventions collectives, règlements fédéraux, contrats individuels).

Le cadre juridique repose sur le NLRA, appliqué par le National Labor Relations Board (NLRB), qui garantit le droit de se syndiquer et impose une obligation de négociation de bonne foi.

Dans ce système, le CBA constitue un socle collectif largement impératif. Contrairement au droit français, le contrat individuel ne constitue pas un espace privilégié d’amélioration au-delà du cadre collectif.

Comparatif entre le système WNBA 2026 et les conventions collectives françaises

Sur la rémunération et le partage de valeur

Le CBA WNBA 2026 introduit un revenue sharing structurant : les salaires représentent environ 20 % des revenus bruts de la ligue. Cette logique fait bondir le salary cap à 7 millions de dollars par équipe en 2026 (contre 1,5 million en 2025), avec un salaire moyen autour de 600 000 dollars et un minimum fixé à 300 000 dollars.

En France, la CCNS et les conventions sectorielles (football, basket, rugby) ne prévoient pas de mécanisme direct de partage des recettes de ligue au profit des joueurs. Elles reposent sur des grilles de salaires minima par classification, complétées par des primes, dans un cadre laissant une large place à la négociation individuelle.

Cependant, les systèmes de redistribution des droits audiovisuels (notamment en football et rugby) introduisent une logique indirecte de partage des recettes entre clubs.

Dans le rugby français, la Ligue Nationale de Rugby impose également un salary cap (11 millions d’euros pour la saison 2026-2027), régulant la masse salariale globale des clubs.

Deux philosophies émergent :

  • La WNBA lie directement la rémunération à la performance économique globale.
  • Le modèle français privilégie des minimas garantis et une redistribution indirecte.

Sur les conditions de travail et les infrastructures

Le CBA WNBA impose des standards élevés et contraignants : infrastructures dédiées (entraînement, soins, espaces familiaux), encadrement médical renforcé (médecins, préparateurs physiques, kinésithérapeutes, nutritionnistes).

En France, la CCNS et certaines conventions sectorielles prévoient des obligations en matière de santé et sécurité (visites médicales, suivi), mais laissent davantage de flexibilité aux clubs quant aux moyens et aux installations.

Ainsi, le modèle américain transforme ces exigences en obligations conventionnelles strictes, tandis que le modèle français repose sur un équilibre entre conventions collectives, règlements sportifs et droit commun.

Le CBA WNBA 2026 : un modèle pour les négociations collectives françaises ?

En instaurant un revenue sharing liant directement la rémunération des joueuses à environ 20 % des revenus de la ligue, le CBA 2026 de la WNBA marque une évolution majeure, notamment pour le sport féminin professionnel.

Cet accord permet de multiplier par cinq le salary cap et positionne les joueuses comme actrices directes de la croissance économique de la ligue.

En France, ce modèle pourrait inspirer une évolution vers une meilleure valorisation économique des sportifs et sportives, ainsi qu’une professionnalisation accrue des mécanismes de négociation collective.



7 Employer/Union Rights and Obligations, National Labor Relations Board(.gov)
8 CBA in Sports Leagues : Power, Protection, and the business of Play, Romano Law, 12 mai 2025
9 Employer/Union Rights and Obligations, National Labor Relations Board(.gov)
10 Bargaining in good faithwith employees’ union, National Labor Relations Board(.gov)
11 Salaires décuplés et partage des revenus : les premiers éléments de la nouvelle convention collective de
WNBA révélés, L’Equipe, 18 mars 2026
12 « Près de 400% d’augmentation » : revalorisation salariale historique pour les basketteuses
professionnelles américaines, Le Figaro Economie, 22 mars 2026
13 Article 9.2 de la Convention collective nationale du sport

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