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Quand le droit pénal débarque aux Jeux Olympiques…

28/4/26
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5 min

Introduction

Les récents Jeux Olympiques d’hiver ont été l’occasion, d’un retour de l’équipe de France masculine de hockey sur glace dans cette compétition. Compte tenu du contexte sportif très relevé, avec notamment la participation de nombreux joueurs issus du championnat de NHL, l’équipe de France n’a pas obtenu de victoires. Elle a néanmoins réussi à faire parler d’elle au delà des seuls passionnés de ce sport. La raison : le comportement « rugueux et provocateur » d’un joueur français impliqué dans une bagarre lors du match contre le Canada. Si les initiés n’ont voulu y avoir qu’un fait de jeu habituel, cela n’a pas été le cas du Ministère Public français !

Rapide retour au 30 novembre 2025. Lors du match de Ligue Magnus entre Grenoble et Angers, une importante bagarre a opposé plusieurs joueurs des deux équipes. A cette occasion, le grenoblois  Pierre Crinon a notamment donné un violent coup de poing au visage du gardien angevin. Ce dernier a décidé d’y donner une suite plutôt inhabituelle dans le monde du sport en déposant une plainte pénale en raison des violences subies. En effet, si les sanctions sportives et disciplinaires résultent de la stricte application des règlements en vigueur, il est plus rare qu’un sportif choisisse de recourir à la justice de droit commun.

Le principe de l’opportunité des poursuites

Une telle plainte est traitée par le Procureur de la République qui, en application de l’article 40 du Code de Procédure Pénale, doit, après enquête, décider des suites à y donner : poursuite devant une juridiction, mise en oeuvre de mesures alternatives ou classement sans suite. En raison des 7 matchs de suspension infligés à ce joueur par les instances de la Fédération, le Procureur de la République de Grenoble avait décidé de classer sans suite cette plainte estimant cette sanction « suffisante ». Prenant en considération le traitement de ce cas par la justice sportive, le Procureur a appliqué le principe de l’opportunité des poursuites qui lui permet, compte tenu des circonstances particulières liées à la commission des faits, de ne pas engager de poursuites alors que l’infraction paraît constituée. Ce principe s’oppose à celui de la légalité des poursuites qui oblige à systématiquement poursuivre l'affaire dès qu'une infraction a lieu.

Un revirement inhabituel

La procédure pénale aurait pu s’arrêter là pour l’international français. Sauf que, lors du match France-Canada des récents JO, ce joueur a été entraîné dans une bagarre par un joueur canadien (semble-t-il en « répression » à un coup porté par Pierre Crinon - et non sanctionné par les arbitres -  à un joueur majeur de cette équipe). Si elle est apparue anodine pour les habitués de la NHL, cette bagarre a eu un côté beaucoup plus « sensationnel » pour une majorité d’observateurs. 

Le Procureur de la République de Grenoble en fait manifestement partie ! En effet, estimant que Pierre Crinon « n'a pas retenu la leçon » (ICI Isère 17 février 2026), il est revenu sur la décision de classement pour finalement engager des poursuites et le faire juger pour des faits de violences volontaires. 

Si ce revirement est juridiquement possible tant que l’infraction n’est pas prescrite, il est pour le moins surprenant qu’aient été pris en compte des faits survenus à l’étranger pour lesquels ce joueur n’a fait l’objet « que » d’une sanction sportive en étant exclu du match et en n’ayant pas  fait l’objet d’autres sanctions disciplinaires de la part de la Fédération Internationale ou du Comité International Olympique. On rappellera d’ailleurs que, si l’international français a été exclu de la délégation française pour « violation de l'esprit olympique », c’est en raison du comportement adopté après la bagarre et non pas pour la bagarre en elle-même. (à cet égard, il serait intéressant d’avoir des précisions sur cette autre procédure disciplinaire notamment pour s’assurer de l’indispensable respect des droits de la défense). 

La particularité du « cas Crinon » ne s’arrête pas là puisque, après avoir orienté ce dossier vers le Tribunal Correctionnel (qui juge les délits), le Procureur de la République de Grenoble a finalement décidé de le poursuivre devant le Tribunal de Police (qui juge les contraventions, soit les infractions « les moins graves »). La raison ? La prise en compte de l’éventuelle utilisation du gant du joueur lors du coup porté puisque, dans ce cas, les violences auraient pu être considérées comme aggravées en raison de l’usage d’une arme. Il s’agirait d’une arme par destination que l’article 132-75 du Code Pénal définit comme « Tout autre objet susceptible de présenter un danger pour les personnes est assimilé à une arme dès lors qu'il est utilisé pour tuer, blesser ou menacer ou qu'il est destiné, par celui qui en est porteur, à tuer, blesser ou menacer ». Un gant destiné à protéger le joueur pourrait-il correspondre à cette définition ? L’orientation donnée à ce dossier ne permettra pas de répondre, pour le moment, à cette interrogation.

Un objectif souhaitable

En tout cas, au de-là de la situation spécifique de ce joueur, un rappel s’impose : les bagarres de sont pas autorisées dans le hockey sur glace. Bien qu’elles puissent paraître « tolérées », les joueurs y ayant pris part font toujours l’objet de sanctions sportives, voire disciplinaires. Ce fait divers montre que peut également s’y ajouter une sanction pénale (et même civile si une indemnisation devait être allouée à la victime). 

Les bagarres sont constitutives des violences volontaires qui peuvent être aggravées en fonction des circonstances et des blessures occasionnées (celles subies par l’ancien international français Julien Desrosiers en 2019 avaient démontré leur possible gravité). Elles ne doivent donc pas être incitées ou considérées comme une « tradition » de ce sport (sans que l’on soit d’ailleurs très précis sur l’origine et l’exactitude d’une telle « tradition »). 

Si la hockey sur glace est un sport de contact, il n’est pas un sport de combat. Le président de la Fédération Française de Hockey sur Glace l’a d’ailleurs récemment rappelé : « On ne veut plus de bagarre. C’est très clair » (RMC Sport 18 février 2026). Les amateurs de hockey sur glace ne peuvent que soutenir ce légitime objectif.

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