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CAN 2025 : analyse juridique d’une finale sous haute tension

7/5/26
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12 min

Introduction

PARTIE 1/2

Finaliste malheureuse de la 35ᵉ édition de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025, qui s’est tenue le 18 janvier à Rabat, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), à l’instar de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF), a été sanctionnée le 28 janvier 2026 par le Jury disciplinaire de la Confédération Africaine de Football (CAF) (décision n° DC23315) à la suite d’incidents exceptionnels survenus lors de la finale.

Tout a basculé à la fin du temps réglementaire (90+6), lorsque l’arbitre de la rencontre a sifflé un penalty en faveur de l’équipe Marocaine.

La situation a rapidement dégénéré. En signe de protestation, les joueurs sénégalais ont quitté le terrain pendant près de 15 minutes avant de reprendre la rencontre. Parallèlement, des incidents ont éclaté dans les gradins, où certains supporters sénégalais ont agressé des stadiers.

Du côté marocain, certains joueurs ainsi que des ramasseurs de balle ont également été visés par des sanctions, notamment à la suite de l’incident surnommé l’affaire « des serviettes ».

La décision du 28 janvier du Jury disciplinaire de la CAF était donc particulièrement attendue.

 

Pour la FSF, le Jury disciplinaire a décidé :

  • de suspendre le sélectionneur de l’équipe nationale du Sénégal, pour cinq matchs officiels de la CAF, pour comportement antisportif, violation des principes de fair-play et d’intégrité, et atteinte à l’image du football.
  • d’infliger au sélectionneur une amende de 100 000 USD.
  • De suspendre Monsieur Iliman Cheikh Baroy Ndiaye, joueur de l’équipe nationale du Sénégal, pour deux matchs officiels de la CAF, pour comportement antisportif envers l’arbitre.
  • de suspendre Ismaïla Sarr, joueur de l’équipe nationale du Sénégal, pour deux matchs officiels de la CAF, pour comportement antisportif envers l’arbitre.
  • d’infliger à la FSF une amende de 300 000 USD pour le comportement inapproprié de ses supporters, ayant porté atteinte à l’image du football.
  • d’infliger à la FSF une amende supplémentaire de 300 000 USD pour le comportement antisportif de ses joueurs et de son encadrement technique, en violation des principes de fair-play, de loyauté et d’intégrité.
  • d’infliger à la FSF une amende de 15 000 USD pour faute disciplinaire de l’équipe nationale, cinq joueurs ayant reçu des avertissements.

 

Pour la FRMF, le Jury disciplinaire a décidé :

  • de suspendre Achraf Hakimi, joueur de l’équipe nationale du Maroc, pour deux matchs officiels de la CAF, dont un match avec sursis pendant une durée d’un an à compter de la date de la décision, pour comportement antisportif
  • de suspendre Ismaël Saibari, joueur de l’équipe nationale du Maroc, pour trois matches officiels de la CAF, pour comportement antisportif
  •  d’infliger à Ismaël Saibari une amende de 100 000 USD
  •  d’infliger à la FRMF une amende de 200 000 USD pour le comportement inapproprié des ramasseurs de balles du stade.
  •  d’infliger à la FRMF une amende de 100 000 USD pour le comportement inapproprié des joueurs de l’équipe nationale et de l’encadrement technique, ayant envahi la zone d’examen de la VAR et entravé le travail de l’arbitre, en violation des articles 82 et 83 du Code disciplinaire de la CAF.
  •  d’infliger à la FRMF une amende de 15 000 USD pour l’utilisation de lasers par ses supporters lors du match.

Le Jury disciplinaire de la CAF a aussi rejeté la réclamation introduite par la FRMF, relative à des violations alléguées par la FSF des articles 82 et 84 du Règlement de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN).

Dans un communiqué officiel daté du 31 janvier 2026, la FSF a indiqué qu’elle ne ferait pas appel des sanctions financières et disciplinaires prononcées à son encontre. La FRMF, en revanche, a annoncé le 3 février 2026 son intention decontester la décision de la CAF, invoquant notamment une « non-conformitédes sanctions avec l’ampleur et la gravité des incidents » survenus lors de la finale.

 

Les sanctions prononcées à l’encontre du Maroc sont-elles disproportionnées ?

Selon les statuts de la FIFA, les confédérations, telles que la CAF, doivent exercer leurs compétences dans le respect des règlements et principes établis par la fédération internationale (Statuts FIFA, art. 13,14 et 22).

Le Jury disciplinaire de la CAF a principalement prononcé ses sanctions à l’encontre de la FRMF en se référant à la notion de comportement antisportif et de comportement inapproprié. Or, ces termes ne sont pas expressément définis, que ce soit dansle Règlement disciplinaire de la CAF, celui de la FIFA ou dans les Lois du jeu édictés par l’International Football Association Board (l’IFAB). Une définition plus claire permettrait d’assurer une meilleure transparence et une compréhension accrue des décisions rendues.

Quoi qu’il en soit, les termes « antisportif » et« inapproprié » couvrent tout comportement ou attitude qui irait à l'encontre des valeurs et des principes du sport, tels que le respect, le fair-play, l'esprit d'équipe, l'intégrité ou encore toute action qui perturberait le déroulement normal d’un match. Plus spécifiquement la FIFA précise qu’il s’agirait de tout « comportement portant atteinte à l’image du football » (Art. 13 du Code disciplinaire de la FIFA). Ces principes sont des valeurs fondamentales du football et du sport en général.

Dans ce contexte, l’article 128 du Code disciplinaire de la CAF prévoit une suspension d’au moins deux matchs pour un comportement qui serait qualifier d’antisportif à l’encontre d’un adversaire ou de toute autre personne qu’un officiel de match. À titre de comparaison, le Code disciplinaire de la FIFA impose une suspension minimale d’un match pour un comportement similaire. Le Code disciplinaire de la CAF prévoit également la possibilité d’assortir la sanction d’une amende quine pourra excéder la somme 300 000 USD (Art. 91 du Code disciplinaire dela CAF).

En l’espèce, les deux joueurs marocains ont été suspendus respectivement pour trois et deux matchs officiels, l’un d’eux étant également sanctionné d’une amende de 100 000 USD. La FRMF a, quant à elle, été condamnée à 200 000 USD pour le comportement des ramasseurs de balle, ainsi qu’à 100 000 USD pour l’envahissement de la zone VAR et entrave au travail de l’arbitre.

Les sanctions prononcées à l’encontre de la FRMF ne semblent pas, au regard des plafonds prévus par le Code disciplinaire de la CAF, excéder le cadre réglementaire applicable. En droit disciplinaire sportif, le principe de proportionnalité impose que la sanction soit adaptée à la gravité des faits et réponde à un objectif de préservation de l’équité de la compétition. L’organe disciplinaire disposant en la matière d’une large marge d’appréciation.

Au-delà du cas d’espèce, l’emploi de notions larges interroge au regard de la sécurité juridique. Le droit disciplinaire demeure soumis au principe de légalité des délits et des peines (nulla poena sine lege), qui impose une définition suffisamment claire des comportements sanctionnés. Si une certaine souplesse est admise, la jurisprudence du Tribunal Arbitral du Sport exige néanmoins un degré raisonnable de prévisibilité, faute de quoi la sanction pourrait apparaître discrétionnaire et fragiliser sa légitimité.

 

Quid de la victoire finale du Sénégal et du retrait temporaire des joueurs du terrain ?

Une règle d’or à retenir, l’arbitre est le « Maître du jeu ». Les décisions de l’arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d’un but et le résultat du match. Autrement dit, c’est à l’arbitre qu’appartiennent les décisions finales relatives au jeu, le rapport officiel de l’arbitre de fin d’un match faisant foi. En l’occurrence, il est incontestable que les joueurs sénégalais ont quitté, en plein match, et sans accord de l’arbitre le terrain, pendant près de 15 mins, en guise de contestation de la décision arbitrale.

Les textes, à cet égard, sont très clairs :

« Si, pour n’importe quelle raison, une équipe refuse de jouer ou quitte le terrain avant la fin réglementaire du match sans l’autorisation de l’arbitre, elle sera considérée perdante et sera définitivement éliminée de la compétition en cours[…] ».

« L’équipe qui enfreint les dispositions des articles 82 et 83 sera définitivement exclues de la compétition. Elle perd le match 3-0 […] [et] sera exclue du tournoi » (Art. 82, 84 et 85 du Règlement de la CAN).

Toutefois, à aucun moment l’arbitre de la rencontre n’a pris acte du refus définitif de l’équipe sénégalaise de jouer, constat qui était pourtant nécessaire pour acter l'impossibilité de poursuivre la rencontre.

En effet, l’arbitre n’a pas constaté le forfait du Sénégal, le match ayant, par la suite repris et s’étant poursuivi jusqu’à son terme pour donner lieu à la remise du trophée à l’équipe du Sénégal. Dès lors, le rejet par le Jury disciplinaire de la CAF de la demande de constatation du forfait du Sénégal apparaissait pleinement justifié. Sans grande surprise, dans un communiqué du 3 février2026, la FRMF a annoncé son intention d’interjeter appel de la décision rendue par l’organe disciplinaire...

D’un point de vue procédurale, l’appel interjeté devant le Jury d’appel n’était pas suspensif, sauf en matière financière ou d’amende. Par conséquent, malgré l’exercice de cette voie de recours par la FRMF, les deux joueurs marocains concernés par la suspension restaient officiellement suspendus et devaient purger leurs matchs de suspension.

S’agissant des amendes prononcées à l’encontre des joueurs et de la FRMF, conformément à l’article 44 du Règlement de la CAN, le paiement de ces amendes n’était pas une condition de recevabilité de leur appel.

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