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Entretien avec Frédéric Paquet, président de la Fédération Française de Football Américain

21/5/26
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10 min

Introduction

« Faire des choses que j'aime, avec des gens que j'apprécie »

Avant l'actualité brûlante, il y a l'homme. Et l'homme, Frédéric Paquet, a un parcours qui ressemble plus à un roman qu'à une fiche LinkedIn.

Laurent Fellous — Licence de physique-chimie, plateformes pétrolières, master ESSEC, présidence de la Fédération internationale dès 1999, puis Stade Français, Colomiers, LOSC, AS Saint-Étienne. Diriger une fédération sportive aujourd'hui, est-ce davantage une affaire d'ingénieur, de gestionnaire ou de tribun — et qu'avez-vous gardé du physicien ?

Frédéric Paquet — Le parcours est effectivement assez éclectique. Le leitmotiv que j'aime suivre, c'est d'essayer de faire des choses que j'aime, avec des gens que j'apprécie. C'est ma boussole, pour avancer. J'ai commencé par une formation scientifique : je n'ai pas été un grand expert, mais j'en ai gardé une vraie culture de la réflexion, de l'analyse, et de la résolution de problèmes. Une approche très pragmatique. Et j'ai transposé cette culture dans le milieu du sport, qui est un univers émotionnel, irrationnel, et plein de variables.

La culture scientifique, je l'ai transposée dans le sport, un univers émotionnel, irrationnel, et plein de variables.

J'aimais voyager : je suis parti sur les plateformes pétrolières. Le jour où j'en ai eu marre, j'ai arrêté. Le sport, lui, a toujours fait partie de moi. À une époque où le sport pro n'était pas structuré — un club, c'était un président, un entraîneur et des joueurs —, j'ai fait partie de cette première génération de dirigeants formés et rémunérés. A cette époque, on commençait tout juste à avoir des gens qui avaient quelques compétences pour diriger un club.

Je suis entré dans le monde du sport par la présidence de la Fédération française de football américain, il y a déjà vingt-cinq ans : c'est par là que tout a commencé, et c'est ce qui m'a ensuite ouvert la présidence de la Fédération internationale. Puis je suis passé au sport professionnel, par le rugby, puis le football où j'ai passé le plus de temps. C'est un univers exigeant que j'apprécie, parce que j'ai un niveau d'exigence élevé et j'aime la performance. C'est usant, mais très riche. Quand j'en ai eu assez, je suis parti vivre aux États-Unis — une expérience moins fructueuse que prévu, mais qui valait le coup. Après Saint-Étienne, où la relation avec les actionnaires était devenue plus difficile qu'à Lille, j'ai dirigé pendant quatre ans une fondation pour enfants en difficulté sociale et scolaire. J'aime travailler avec des gens, accompagner, faire évoluer. Mon retour à la FFFA, c’est fait naturellement. C'est une fédération composée de jeunes salariés ; j’aime former, structurer et c'est un sport que j'aime. Chaque choix se fait en fonction des projets et des hommes qui les portent.

Laurent Fellous — En résumé : le plaisir du sport avec la rigueur scientifique, et le souci de la transmission ?

Frédéric Paquet — C'est ça. Avec le souci d'être en phase avec mes valeurs — la performance, mais aussi le respect des valeurs humaines. Le sport est plutôt dans cette optique-là.

NFL à Paris : « Pour eux, la France est un ovni »

En 2026, la National Football League (NFL) organise son premier match officiel en France. Pour la FFFA, c'est une vitrine inespérée — et un cas d'école juridique.

Laurent Fellous — Vous avez présidé la Fédération internationale dès 1999. À l'époque, l'olympisation du flag relevait du fantasme. Aviez-vous déjà anticipé la venue d'un match NFL en France ?

Frédéric Paquet — À l'époque, le flag était un sport mineur, le petit frère du football américain. Le foot américain, lui, c'était le sujet. Un match NFL en Europe, c'était notre Graal — et un rêve impossible. La NFL Europe — la défunte ligue d'expansion européenne de la NFL, dissoute en 2007 — n'a pas été un succès, la France n'était pas prête, la NFL revenait tous les cinq ou six ans pour regarder, et ça ne collait pas. Ça s'est vraiment décanté ces deux dernières années, surtout en Angleterre, puis en Allemagne. C’est le résultat d’un long processus.

Laurent Fellous — En 2026, la NFL débarque à Paris. Pour Jurisportiva, c'est aussi une question juridique de fond : comment, en tant qu'association loi 1901 délégataire, articulez-vous une mission d'intérêt général avec un événement commercial de cette envergure ?

Frédéric Paquet — Sur la partie NFL, c'est simple : nous n'avons aucun lien juridique avec eux. La NFL est une entreprise privée qui vient organiser un spectacle, comme un tourneur organiserait un concert. Nous avons été associés à la construction du dossier parce que nous nous sommes battus pour l'être — j'ai même dû rappeler au ministère que nous existions, parce qu'on nous avait oubliés. Dans l'organisation de son événement, la NFL n'a pas besoin de nous. Elle a deux interlocuteurs essentiels : la DIGES (Direction interministérielle des Grands évènements sportifs) et GL Event qui gère le stade France.

En revanche, nous sommes fortement associés au programme de développement du Flag, que ce soit au niveau des clubs et des écoles, car à ce niveau là, en France, les fédérations sont incontournables.

La France est pour eux un ovni : la fédération, le rôle de l'État… Ils ne comprennent pas.

La filiale événementielle : trouver des ressources, ou disparaître

Pour faire face à la stagnation — voire à la baisse — des subventions, la FFFA structure une société de gestion de ses propres événements.

Laurent Fellous — Cela ressemble à la filiale événementielle dont vous parliez. Quel modèle juridique avez-vous retenu ?

Frédéric Paquet — C'est l'autre partie du sujet. Une fédération vit, pour l'essentiel, de subventions, des licences et d'éventuels partenaires. Nous sommes une petite fédération. Nous devons anticiper que, au mieux, les subventions stagneront, au pire qu'elles baisseront.

« Il faut développer une activité commerciale qui nous ramène des ressources complémentaires. »

C’est pour cela que nous souhaitons créer une société de gestion de nos événements — la finale de football américain, la finale de cheerleading, etc. — dont la fédération est actionnaire, avec la réflexion de faire entrer d'autres actionnaires pour nous donner les moyens de se développer.

Vers 2050 : « Les fédérations vont-elles disparaître ? »

Élu au Conseil d'administration du CNOSF, Frédéric Paquet copilote avec Dominique Carlac'h le Conseil de la prospective. Le titre du chantier : « Sport 2050 ».

Laurent Fellous — Les fédérations françaises disposent-elles des outils juridiques suffisamment modernes pour exister à côté des grandes ligues nord-américaines ?

Frédéric Paquet — Nous travaillons sur la réflexion 2050 : qu'est-ce que va devenir le sport ? Avec un titre un peu provocateur :

Laurent Fellous — Les fédérations vont-elles disparaître ?

Économiquement, c'est un vrai souci. Quand vous n'êtes pas une grosse fédération avec 200 000 ou 1 000 000 de licenciés, c'est compliqué — et ça va l'être de plus en plus.

« Si les fédérations ne veulent pas sortir du schéma d’il y a ne serait-ce que 10 ans, qui consiste à penser qu’elles sont incontournables dans la pratique sportive, elles font une erreur. »

Frédéric Paquet — L'objectif est surtout de donner des pistes de réflexion. On ne peut pas définir des solutions toutes faites qui s’appliqueront dans vingt-cinq ans. Mais ce qui est sûr, c'est qu’il faut anticiper car les changements prennent du temps et que 2050, c’est demain.

Quel modèle ? « Le sport pro doit être privé »

Frédéric PAQUET — Je trouve qu'il y a de vraies vertus au modèle fédéral, dans ses valeurs et dans son rôle social. Mais depuis longtemps, je pense qu'il n'est pas du tout adapté au sport pro.

Je pense que le sport pro doit être privé, parce qu’il a une vocation événementielle et que ça coûte cher. En revanche, il doit garder un lien fort avec le système fédéral car ils sont complémentaires. L’un apporte la visibilité et un certain financement, l’autre apporte un savoir-faire de formation des futurs talents.

D’autant plus que maintenant, on demande de plus en plus à ce que le sport, et donc les fédérations, règle tous les problèmes de la société.

Ligue Élite à 8 clubs : « Pas de numerus clausus »

Le resserrement de la Ligue Élite à huit clubs en 2027 interroge nécessairement le droit de la concurrence sportive.

Frédéric Paquet — En réalité, il n'y a pas de numerus clausus. Les contraintes que nous avons posées sont structurelles et économiques.

« La ligue n'est pas fermée. Elle est ouverte — à ceux qui peuvent répondre aux contraintes structurelles et financières sans se mettre en danger. »

Perte du haut niveau : « Presque un soulagement »

Au 2 janvier 2025, le football américain perd son statut de discipline de haut niveau.

Laurent Fellous — Quelles ont été les conséquences directes ?

Frédéric Paquet — Honnêtement, c'était presque un soulagement car depuis plusieurs années on n’était pas loin de faire n'importe quoi. Nous faisions semblant de faire du haut niveau. Aujourd'hui, au moins, on ne se ment plus.

« Une équipe nationale où les joueurs paient pour jouer, ce n'est pas une sélection. »

Flag olympique : « Changer de dimension »

L'inscription du flag football à Los Angeles 2028 bascule la FFFA dans une autre catégorie.

Frédéric Paquet — Devenir olympique nous fait changer de dimension. Une fédération olympique, c'est autre chose en termes de reconnaissance, de visibilité et de moyens pour le haut niveau.

Épilogue — « La performance, ça peut s’appliquer à tous les projets, c’est un état d’esprit »

Laurent Fellous — Quand on a vécu un soir de Champions League à Lille comme directeur général, comment vit-on une finale du Casque de Diamant ?

Frédéric Paquet — Tout à fait différemment en termes d’intensité et de pression. Cependant, la performance, ça ne se mesure pas en nombre de personnes dans un stade. Ça ne se retrouve pas simplement être dans un stade de Champions League avec 60 000 personnes autour.C’est un état d’esprit, c'est l'ambition et l'exigence qu'on se fixe dans tout ce qu’on fait.

Le mot de la fin

Laurent Fellous — Merci infiniment pour toutes ces précisions.



5 idées à retenir

1/ NFL À PARIS — 2026
« Aucun lien juridique avec eux. La NFL est une entreprise privée qui vient organiser un spectacle, comme un tourneur. »

2/ UNE FILIALE ÉVÉNEMENTIELLE POUR EXISTER
Subventions stagnantes, voire en baisse : la FFFA structure une société de gestion de ses propres événements pour générer des ressources commerciales.

3/ RÉINVENTER LE MODÈLE FÉDÉRAL
« Le sport pro doit être privé — avec un lien fort vers les fédérations, redéfinies comme prestataires de formation et d’utilité sociale. »

4/ PERTE DU HAUT NIVEAU — « PRESQUE UN SOULAGEMENT »
« 165 000 € pour deux collectifs de cinquante joueurs. Faute de moyens, on faisait semblant. La clarification, au moins, permet d’avancer sur ce qu’on peut vraiment porter. »

5/ LIGUE ÉLITE À 8 CLUBS
« Pas de numerus clausus, mais des critères structurels et économiques d’accession. La ligue n’est pas fermée — elle est ouverte à ceux qui ont les moyens structurels et financiers de participer sans se mettre en danger. »

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