
Editorial
7/7/26
La Coupe du monde 2026 nous offre son premier séisme juridique, et il ne vient pas du terrain.
Expulsé face à la Bosnie en seizième de finale, Folarin Balogun devait manquer le huitième contre la Belgique.
Un carton rouge direct entraîne en effet une suspension automatique d'un match, insusceptible d'appel selon le règlement de la compétition (article 9.6).
Le principe est ancien et solide : la Loi 5 de l'IFAB consacre l'autorité de l'arbitre, dont les décisions liées au jeu sont définitives.
Et pourtant, Balogun a joué.
La Commission de discipline a dégainé l'article 27 du Code disciplinaire de la FIFA, qui permet de suspendre « intégralement ou partiellement » l'exécution d'une sanction, moyennant une période probatoire d'un à quatre ans.
Juridiquement, le raisonnement se tient : la FIFA ne touche pas au carton, elle en neutralise les effets.
La distinction entre la décision arbitrale, intangible, et ses conséquences disciplinaires, aménageables, est classique en droit du sport.
Le précédent Ronaldo, dont la suspension de trois matchs fut ramenée à un seul en novembre 2025, reposait déjà sur ce fondement.
Mais c'est là que le juriste tique.
L'article 27 ne fixe ni critères, ni conditions, ni exigence de motivation.
Un texte apparu discrètement en 2019, sans équivalent dans les versions antérieures du Code, et qui confère à l'instance une latitude totale.
Or une compétence discrétionnaire sans motivation, exercée à la veille d'un match couperet, au bénéfice du pays hôte, après un appel téléphonique du président américain au président de la FIFA, cesse d'être une question technique.
Elle devient une question de gouvernance.
Gianni Infantino a beau rappeler l'indépendance des organes juridictionnels de la FIFA, l'apparence d'indépendance compte autant que l'indépendance elle-même.
C'est une exigence que la CEDH, de Pechstein à Semenya, ne cesse de marteler.
La Belgique s'estime lésée, l'UEFA dénonce une ligne rouge franchie, mais les voies de recours sont étroites : le règlement verrouille l'appel, et le TAS ne pourra être saisi que par qui démontrera un intérêt à agir.
Le paradoxe est cruel : la règle a été respectée à la lettre, et c'est précisément ce qui révèle sa faiblesse.
Une norme qui permet tout ne protège rien.
Garrincha avait bénéficié d'une clémence comparable en 1962, et le Brésil fut champion du monde.
En 2026, l'histoire ne s'est pas répétée puisque la Belgique a infligé une cinglante défaite (4-1) aux Etats-Unis.
Nos colonnes prolongent le débat, des fan zones et de leurs contraintes de sécurité publique à l'entretien avec Cédric Gosse sur la gouvernance fédérale.
Et pendant que la discipline vacille, le jeu continue : notre grand concours Coupe du monde 2026 vous attend, ballon officiel, maillot des Bleus et trophée en LEGO à la clé.
Bonne lecture, et que la règle, cette fois, s'applique à tous.


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