Editorial
15/7/26
« Est-ce que l'arbitre a le niveau pour arbitrer une demi-finale de Coupe du monde ? C'est à vous d'y répondre. »
La question de Didier Deschamps, posée à chaud après l'élimination des Bleus face à l'Espagne (0-2) mardi soir à Dallas, en demi-finale de la Coupe du monde 2026, mérite mieux qu'une réponse d'humeur.
Elle mérite une réponse de droit.
Les faits sont connus : Lucas Digne intervient sur Lamine Yamal dans la surface, M. Ivan Barton désigne immédiatement le point de penalty, les Bleus réclament une main de l'Espagnol au début de l'action.
La VAR ne dira rien, l'arbitre n'ira jamais consulter l'écran, Mikel Oyarzabal transforme, et la demi-finale bascule.
Trois questions se posent, qui appellent trois réponses de droit : la régularité du silence de la VAR, la main de Lamine Yamal, et le mode de désignation des arbitres de la Coupe du monde.
1. Le silence de la VAR : un contrôle invisible mais réel
La Loi 5 des Lois du jeu, dans leur édition 2026-2027 en vigueur depuis le 1er juillet, consacre l'autorité de l'arbitre : ses décisions relatives au jeu sont définitives.
Le protocole VAR de l'IFAB repose quant à lui sur une philosophie assumée depuis 2018 : « une interférence minimale pour un bénéfice maximal ».
Le penalty figure bien parmi les quatre catégories de décisions révisables, aux côtés des buts, des cartons rouges directs et des erreurs d'identité.
Mais chaque penalty fait l'objet d'une vérification automatique et silencieuse, le « check », sans que l'arbitre ait à se déplacer vers l'écran.
L'absence de consultation à l'écran ne signifie donc pas l'absence de contrôle : elle signifie que le contrôle n'a rien révélé.
Car la VAR ne peut recommander une révision qu'en cas d'« erreur claire et manifeste » ou d'« incident grave manqué ».
Quant à l'intervention de Lucas Digne sur Lamine Yamal, elle relève de l'appréciation des faits, cette zone grise où une décision de terrain, même discutable, n'est jamais « clairement erronée ».
2. La main de Lamine Yamal : la lettre de la Loi 12
Sur la main réclamée par les Bleus, le texte est implacable : la Loi 12 fixe la limite du bras « au bas de l'aisselle ».
Les images montrent un ballon touché au-dessus de cette ligne, sur l'épaule.
Il n'y a donc pas de faute de main au sens du texte, quand bien même le contact aurait profité à l'attaquant.
Juridiquement, le protocole a donc été respecté à la lettre : c'est sa philosophie, celle de l'intervention minimale, qui nourrit la frustration.
L'IFAB vient d'ailleurs de le confirmer en élargissant pour 2026-2027 la liste des incidents révisables, du second carton jaune manifestement erroné au corner mal accordé, sans jamais abaisser le seuil d'intervention.
La VAR n'a jamais été conçue pour rejuger le match, mais pour corriger l'erreur flagrante.
3. La désignation des arbitres : l'angle mort du système
Reste la vraie question posée par Didier Deschamps, celle du niveau de l'arbitre, qui renvoie à son mode de désignation.
Les arbitres du Mondial sont sélectionnés parmi les élites continentales, évalués sur leurs performances, leur condition physique et leur maîtrise de la VAR, puis désignés match par match par la Commission des Arbitres de la FIFA, présidée par Pierluigi Collina.
Cette désignation est discrétionnaire : aucun critère publié match par match, aucune motivation, aucun recours.
Seule la neutralité est intangible, et M. Ivan Barton, salvadorien, y satisfaisait pleinement.
Mais l'accumulation interroge : un huitième face au Paraguay sans le moindre carton adverse malgré l'antijeu revendiqué, un quart face au Maroc encore discuté, et l'écartement de Clément Turpin et François Letexier sans explication publique, une semaine après la neutralisation de la suspension de Folarin Balogun sur le fondement de l'article 27 du Code disciplinaire de la FIFA.
Chaque décision, prise isolément, résiste à l'analyse juridique.
C'est leur accumulation, et surtout le silence qui les entoure, qui fabrique le sentiment d'injustice.
Le vrai sujet n'est donc pas la conformité des décisions, acquise, mais la transparence de leur motivation.
Le rugby diffuse les échanges de ses arbitres, la FIFA a expérimenté les annonces publiques dans les stades : le football gagnerait à ce que la VAR cesse d'être une boîte noire, et la désignation des arbitres une affaire d'initiés.
À la question de Deschamps, la réponse est donc double.
Oui, les règles ont été respectées.
Mais une règle correctement appliquée dans l'opacité produira toujours le même poison : le doute.
Nos colonnes prolongent la réflexion, de l'affaire Balogun aux fan zones et à leurs contraintes de sécurité publique.
Et pendant que le débat arbitral fait rage, le jeu continue : notre grand concours Coupe du monde 2026 vous attend, ballon officiel, maillot des Bleus et trophée en LEGO à la clé.
Bonne lecture, et que le doute, cette fois, profite au droit.


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