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Seixas, Tour de France, coulisses de la FFC : Michel Callot dit tout sur le cyclisme français

Auteur
OFFSIDE
20/7/26
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59 min

Introduction

Offside by Jurisportiva | Entretien

Michel Callot : « Il peut gagner le Tour de France, dès cette année »

Quand le président de la Fédération française de cyclisme parle de Paul Seixas, dix-neuf ans, il ne conjugue pas au conditionnel.

Dans Offside, Michel Callot se livre sans détour, du pari Seixas aux coulisses de la gouvernance fédérale, en passant par les grands dossiers juridiques et économiques du vélo.

Michel Callot préside la Fédération française de cyclisme depuis 2017.

Réélu fin 2024 pour un troisième et dernier mandat, membre du comité directeur de l'Union cycliste internationale, il conduit également le comité d'organisation des championnats du monde 2027 en Haute-Savoie Mont-Blanc. Homme de gestion et d'enseignement, ancien coureur de première catégorie, il porte sur son sport un regard à la fois passionné et gestionnaire.

Sa formule résume l'esprit de la maison : « la Fédération n'est jamais qu'une grosse PME. »

Un troisième mandat pour peser sur le long terme

Réélu avec près de 70 % des voix, mais pour un ultime mandat, Michel Callot assume d'aborder différemment un exercice dont la fin est connue.

« Le premier mandat, il faut construire son réseau parisien, son réseau international. Le deuxième, c'est un mandat de solidification. Et le troisième, c'est un mandat dans lequel il est important de concrétiser, mais aussi de peser sur des trajectoires qu'on voudrait durables pour la fédération. »

En 2024, pour la première fois, les clubs ont voté directement lors de l'élection. Un changement démocratique qui n'a rien de simple à animer dans une fédération éclatée.

« On a 2 300 clubs, avec 45 licenciés en moyenne. Le rapport au siège fédéral est souvent très éloigné. Le risque que je vois, c'est de se faire élire sur des projets démagogiques plutôt qu'en responsabilité. Dans notre pays, on a parfois tendance à mélanger des idéaux de démocratie avec une réalité opérationnelle de terrain. »

Cour des comptes et modèle financier

La Cour des comptes a rendu, en février 2025, un rapport d'observations sur la fédération, dont le budget avoisine 25 millions d'euros, dont près de 4 millions issus de l'Agence nationale du sport. Le président en retient un exercice exigeant, mais utile.

« On est sortis de cette observation sans conséquences fâcheuses. Mais ça amène à travailler encore plus sur un modèle qu'on sait fragile, le modèle financier de la fédération. Les fonds propres restent encore un petit peu faibles. »

Délégation de service public : « très clairement, une contrainte de plus »

Depuis la loi du 2 mars 2022, la délégation de service public accordée aux fédérations s'accompagne d'un contrat assorti d'objectifs chiffrés. Interrogé sur la nature de ce contrat, partenariat utile ou case à cocher, Michel Callot tranche.

« Très clairement, c'est une contrainte de plus. On a l'impression que la machine étatique cherche à se couvrir sur plein de sujets. Ça fait peser sur les bénévoles une lourdeur un petit peu inutile et parfois mal comprise. »

Sur la sous-délégation à une éventuelle ligue professionnelle, sujet qui agite le mouvement sportif à l'heure d'une commission mixte paritaire sur le sport professionnel, il défend fermement l'autonomie des fédérations.

« Un amendement qu'on combat prévoit que les fédérations ne pourraient plus décider elles-mêmes de ne pas sous-déléguer, mais devraient s'en remettre à la décision d'un ou d'une ministre. On considère que c'est un contrat de droit privé et que notre puissance délégante n'a pas à s'en mêler de manière décisionnelle. Le législateur entre parfois par une porte un petit peu dérobée, et veut agréger toute une série d'idées dont certaines sont très mauvaises, essentiellement par méconnaissance. »

Sécurité des courses : une affaire d'équilibre

Alors que les organisateurs voient leur responsabilité de plus en plus recherchée, le président rappelle l'ampleur du calendrier fédéral et les limites du risque zéro.

« On est de plus en plus confronté à des juges d'instruction qui cherchent à élargir le cadre de la responsabilité, en considérant qu'une fédération n'est pas allée assez loin dans ses règles techniques et de sécurité, particulièrement quand il s'agit de mineurs. Nos clubs organisent plus de 11 000 manifestations par an. On ne peut malheureusement pas obtenir une sécurité absolue quand on est sur un vélo, sur une route, au milieu d'un espace public. »

Agents : la dérive des mineurs

La professionnalisation a fait entrer les agents dans l'écosystème du cyclisme sur route. Michel Callot y voit un progrès à encadrer.

« Parmi les agents, vous avez des gens très sérieux, et d'autres beaucoup moins. On voit un travers énorme, c'est qu'ils viennent chercher des coureurs de plus en plus jeunes, notamment des mineurs, en impactant très fortement leur parcours scolaire. On a fait des propositions à l'UCI pour une régulation beaucoup plus forte. »

Dopage : « le reste, c'est affaire de spéculation »

Sport le plus contrôlé, le cyclisme vit mal la suspicion permanente qui accompagne les grandes performances.

« On le vit dans l'agacement. Les cyclistes sont de loin les sportifs les plus contrôlés, et les contrôles démontrent qu'ils sont conformes à la réglementation de l'Agence mondiale antidopage. Qu'il puisse y avoir des méthodes non encore détectables, personne ne sait le dire. Ça reste de la suspicion gratuite. Le reste, c'est affaire de spéculation. »

Le président plaide, aux côtés du président de l'UCI David Lappartient qui siège au conseil d'administration de l'AMA, pour davantage de moyens dédiés à la recherche. Il pointe le vrai frein.

« Ce qui bloque, c'est l'argent. Ce sont les budgets que les États sont en capacité d'accorder à l'AMA. Dans le volontarisme du cyclisme, on conserve aujourd'hui les échantillons pendant dix ans. Le coureur qui prendrait des substances non détectables aujourd'hui, peut-être que dans dix ans elles le seront. »

Obligations de localisation : « presque pire que le bracelet électronique »

Sur ce mécanisme méconnu qui impose aux sportifs des groupes cibles de renseigner leur localisation chaque jour, la charge est frontale.

« C'est presque pire que le bracelet électronique. »

« Imaginez, vous décidez d'aller dîner au bord d'un plan d'eau. Le sportif concerné, il faut qu'il pense à remettre à jour sa géolocalisation. La charge mentale associée est énorme. On défend ce principe, parce qu'il n'y en a pas d'autre, mais il faut de temps en temps se mettre à la place de ce que ça provoque sur la vie d'un sportif. »

Le président assume toutefois de ne pas vouloir ouvrir de brèche, au nom de l'efficacité de la lutte antidopage.

« Dès lors que vous ouvrez la porte à des aménagements, 99 % des athlètes n'en feront rien de mal, mais le pour cent qui veut tricher va s'en servir. Et comme c'est celui-là qu'on veut coincer, c'est très difficile. La vraie réponse, c'est d'accompagner les athlètes pour leur enlever de la charge mentale. »

Dopage mécanique : le camion-radiographie du Tour

« Sur le Tour de France, les vélos de tous les coureurs sont vérifiés tous les jours, avec du matériel spécialisé. Un petit camion dédié permet de passer les vélos comme dans un appareil de radiographie. Jusqu'à ce jour, on n'a eu qu'un seul cas, en cyclocross, et ce n'était pas une fraude très habile. »

Paris 2024 : première nation du cyclisme

Neuf médailles, dont trois en or, et la première place au tableau des médailles de la discipline. Le président refuse de parler de bascule et préfère la logique de projet, enclenchée dès l'attribution des Jeux en 2017.

« Aux Jeux, ce qui compte au bout du compte, c'est la place de la France au tableau des médailles. En cyclisme, on a terminé première nation. On n'est pas trente-six disciplines à l'avoir fait, il y a le cyclisme et le surf. C'est un point auquel je tiens beaucoup. »

Le cyclisme féminin : « il manque du temps, rien d'autre »

Les femmes représentent 13 % des licenciés mais près de 48 % des médailles de haut niveau. La fédération vise 25 % de licenciées en 2030.

« On vient d'un sport très masculin, on parlait des forçats de la route. Il faut la vitrine, une Pauline Ferrand-Prévot qui gagne le Tour féminin. Sur l'égalité réelle, il manque du temps, rien d'autre. Si on demande à l'organisateur du Tour, qui peine déjà à équilibrer le budget du Tour féminin, d'y mettre les mêmes prize money, il ne l'organisera plus. Il faut mettre des caps, mais se laisser le temps de les atteindre. »

Championnats du monde 2027 : les Super Mondiaux en Haute-Savoie

Du 24 août au 5 septembre 2027, vingt championnats du monde seront réunis sur un même territoire, de la route à la piste, du BMX au paracyclisme. Un budget d'organisation d'environ 45 millions d'euros, près de 280 millions d'euros de retombées attendues.

« France Télévisions va se mettre en mode Jeux olympiques, avec à peu près cinq heures d'antenne en direct chaque jour pendant treize jours. Ça donne une vraie puissance à notre sport. Il nous manquait le Mondial sur route, qui n'a plus eu lieu en France depuis 2020. »

Canicule : le protocole intempéries plutôt que la dérogation

Interrogé sur l'idée d'un protocole chaleur contraignant, à l'image du protocole commotion, le président défend la souplesse d'une négociation de terrain.

« On est confronté à tous les aléas météo, pas que la chaleur. L'UCI a établi un protocole intempéries, avec une négociation à chaud sur le terrain, en premier lieu avec les représentants des coureurs. Il y a une limite à la possibilité d'être en course sur un vélo, c'est évident. On doit réfléchir, sans précipitation mais en responsabilité, à ce vers quoi on va dans dix, quinze, vingt ans pour les courses estivales. »

Géopolitique : « pire que le dopage »

À l'approche de Los Angeles 2028, l'ingérence du politique dans le sport l'inquiète plus que tout.

« Là, c'est le politique qui rentre sur le terrain de jeu, et c'est la pire des choses. La crainte, c'est de se dire, l'année prochaine, on est à Los Angeles. Que peut faire le président des États-Unis pour retarder une équipe nationale, lui mettre des contraintes administratives ? Par le politique, quelque part, on peut tricher. Et c'est encore pire que le dopage, c'est la négation du sport. »

Tac au tac : Seixas et la « loi Callot »

Sur Paul Seixas, plus jeune participant au Tour de France depuis 1937, vainqueur cette saison du Tour des Pays-Bas et de la Flèche Wallonne, le président ne se dérobe pas.

Offside. Estimez-vous qu'il peut gagner le Tour de France, et d'ici combien de temps ?

Michel Callot. « Il peut gagner le Tour de France, oui. Et le Tour, c'est aussi parfois une affaire de circonstances, donc je pense dès cette année. Seixas fait partie des quatre ou cinq meilleurs potentiels. Quand vous êtes dans les cinq ou six meilleurs, intrinsèquement, vous pouvez. Ça ne veut pas dire que vous allez, mais vous pouvez. »

Et s'il pouvait faire voter une « loi Callot » ?

« Ce serait incontestablement une loi de protection des cyclistes sur la voie publique, qui permette de laisser un peu d'espace pour qu'elle puisse devenir, de temps à autre, un terrain de sport. »

Le mot de la fin, en une phrase, sur le vélo de demain.

« Il roule vers un bel horizon, parce que la société se transforme et qu'elle remet le vélo au cœur de ses projets. »

Entretien réalisé pour Offside by Jurisportiva. Épisode intégral disponible en vidéo (YouTube) et en podcast audio (Ausha). Retrouvez toute l'actualité juridique et sportive sur jurisportiva.com.

Les propos de Michel Callot sont reproduits à partir de la transcription de l'entretien, avec les ajustements de forme d'usage. Certaines données chiffrées (budgets, licenciés, retombées) sont citées telles qu'exprimées par l'invité.

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