
Editorial
25/6/26
La Coupe du monde 2026 bat son plein, et déjà une question singulière agite les coulisses : peut-on modifier une règle alors que la compétition est lancée ?
La FIFA y songe. À l'approche de la phase à élimination directe, elle voudrait revoir, sans attendre, la procédure de tirage au sort qui précède les séances de tirs au but.
Le mécanisme actuel est méconnu mais bien réel. Avant chaque séance, l'arbitre procède à deux tirages au sort distincts, l'un pour désigner le but devant lequel les tirs seront frappés, l'autre pour fixer l'ordre de passage.
Statistiquement, une équipe sur quatre perd les deux et se retrouve doublement désavantagée avant même d'avoir frappé le premier ballon.
La récente finale de la Ligue des champions à Budapest, où un même club a remporté les deux tirages, a remis le sujet sous les projecteurs.
La FIFA propose désormais un tirage unique, l'équipe gagnante choisissant soit l'ordre, soit le camp, mais jamais les deux.
Sur le fond, l'intention est louable : corriger un désavantage purement arbitraire.
Sur la forme, elle interroge le juriste.
Car modifier une règle du jeu en cours de tournoi heurte un principe cardinal, sportif comme commun : la sécurité juridique.
Les compétiteurs doivent connaître, avant le coup d'envoi, les règles qui décideront de leur sort.
Ce n'est pas un hasard si les Lois du jeu, arrêtées par l'IFAB, ne sont révisées qu'une fois par an, avec une entrée en vigueur au 1er juin.
Cette mécanique du calendrier vise précisément à garantir la stabilité et l'égalité entre les équipes.
Changer en plein tournoi, c'est risquer de soigner une injustice par une entorse à une autre.
L'histoire du sport regorge de ces instants où une règle, ou son application, a fait basculer un titre.
En 1968, une demi-finale de l'Euro entre l'Italie et l'URSS s'est jouée à pile ou face, faute de séance de tirs au but.
En 2019, la finale de la Coupe du monde de cricket s'est décidée au décompte des frontières, critère si contesté que l'ICC l'a aboli quelques mois plus tard.
En Formule 1, le Grand Prix d'Abou Dabi 2021 a vu l'application de la règle de la voiture de sécurité, dans les ultimes tours, sceller un championnat et coûter sa place au directeur de course.
À chaque fois, la même leçon : une règle mal posée, ou changée au mauvais moment, fragilise la légitimité du résultat.
Ce débat n'est jamais isolé du terrain.
Nos colonnes l'illustrent semaine après semaine, des fan zones et de leurs contraintes invisibles à l'entretien de Mathieu Goarin sur l'envers des Jeux.
Le droit n'est jamais loin de la pelouse..
Et puisque le sort, justement, fait parfois la différence, mettez le vôtre à l'épreuve : notre grand jeu concours de la Coupe du monde 2026 vous invite à pronostiquer les résultats et à tenter de remporter le ballon officiel, le maillot des Bleus, les trois mascottes et le trophée en LEGO.
Bonne lecture, et que le meilleur, non le mieux tiré au sort, l'emporte.


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